Vision et Réflexions
« D’accord mais à part l’hygiène, la médecine, l’éducation, le vin, l’ordre public, l’irrigation, les routes, le système d’eau douce et la santé publique, qu’ont fait les Romains pour nous ? »
– LA VIE DE BRIAN, MONTY PYTHON
En relisant aujourd’hui notre précédente lettre trimestrielle, elle nous apparait déjà bien dépassée. Il y a trois mois, nous avons commencé à nous habituer à la politique télé-réalité, à redécouvrir des mesures politiques sorties des oubliettes de l’histoire et à nous réveiller chaque matin décontenancés au fil de l’actualité. Cela est toujours vrai mais le niveau sonore a augmenté, peut-être pour ajouter le chaos à la familiarité.
Cela fait maintenant trois mois que Trump a annoncé une pause dans la mise en œuvre de ses politiques tarifaires, période durant laquelle, nous avait-on assuré, un nombre considérable d’accords seraient conclus, les nations se succédant à la poursuite de « 90 accords en 90 jours ». Au moment où nous écrivons ces lignes, il existe deux « accords », bien qu’il s’agisse davantage de cadres que de documents définitifs. Le Royaume-Uni, qui connait un déficit commercial dans les biens avec les États-Unis, affiche une attitude qui ressemble à un haussement d’épaules, tandis que le Vietnam a cédé pour éviter l’anéantissement économique ; ce dernier point devrait embarrasser et faire honte aux États-Unis. Le contexte suggère que les négociations importantes (UE, Chine, Japon) n’aboutissent à rien, et que tous ces partenaires disposent de leviers dont le Royaume-Uni et le Vietnam manquent. Une fois de plus, personne ne sait ce qui va se passer, y compris probablement Trump lui-même. Les marchés, quant à eux, se sont nettement redressés après les soubresauts subis après l’ironiquement nommé « Jour de la Libération ». Ce rebond se produit malgré le fait que le niveau des droits de douane attendu soit bien plus élevé que prévu au début de l’année. On observe également un phénomène familier aux partisans du BREXIT : lorsque les mauvaises nouvelles redoutées ne surviennent pas après l’annonce de la mesure, cela est interprété comme la preuve que ces prévisions étaient erronées.
En effet, aux États-Unis, les données économiques sont satisfaisantes. La dynamique s’est peut-être légèrement ralentie, mais aucun signe de stagflation (croissance atone et inflation en hausse) n’apparaît encore, comme le prédisaient les experts. Avec le BREXIT, en revanche, les dégâts se font sentir depuis des années, goutte à goutte, au point de se transformer en véritables difficultés, aggravées, il faut l’admettre, par l’incompétence du pouvoir politique.
La menace de droits de douane aux États-Unis a entraîné une accélération de l’activité, les entreprises ayant constitué des stocks en prévision de la hausse des coûts. Cela a retardé l’impact, qui devrait se manifester au cours des six prochains mois, même si le niveau final des tariffs douaniers devait être inférieur à ce qui est connu aujourd’hui.
Tout cela signifie que les récents développements ont été meilleures que prévu, mais qu’ils pourraient être bientôt pires que prévu. Cela ne signifie pas qu’une récession est imminente ni qu’une catastrophe est imminente. La plupart des déséquilibres à l’origine de la Grande Crise Financière (GFC) de 2008 ont disparu. Cela pourrait toutefois signifier un environnement de marché plus difficile et plus volatil, avec une baisse de l’emploi, une hausse des prix et un ralentissement de l’activité économique.


