« Entouré de ratés, de marginaux et d’ivrognes. Au bord du gouffre. Tu as commis une erreur, et c’est le bûcher. C’est fini, tu es un imbécile, tu as échoué. »
– ‘SLOW HORSES’, MICK JAGGER
C’est la période de l’année où les prédictions fusent. En réalité, personne ne sait ce que l’avenir nous réserve. Les prévisions ont tendance à refléter les convictions idéologiques ou émotionnelles de celui qui les formule, et leur corrélation la plus forte se situe avec l’année écoulée.
En d’autres termes, le consensus général s’attend à ce que 2026 ressemble beaucoup à 2025. Les principaux indicateurs sont le maintien d’une vigueur raisonnable de l’économie américaine, sans toutefois susciter de craintes inflationnistes ; une légère baisse des taux d’intérêt ; une forte croissance des bénéfices des entreprises ; et une poursuite de la hausse des marchés boursiers, générant une quatrième année consécutive de performance à deux chiffres. C’est d’ailleurs le tableau qui correspond à la situation actuelle, et il n’est donc pas surprenant que cette économie « idéale », sous-jacente à ce scénario, représente la voie de la facilité pour les prévisionnistes.
La version pessimiste de cette situation souligne les valorisations sur les marchés actions qui sont si élevées que, sur un horizon de cinq à dix ans, les performances seront probablement inférieures à celles des dernières années. Cependant, pas de panique : d’après le consensus, les difficultés ne sont que passagères.
L’alternative au scénario plutôt optimiste serait d’envisager une situation apocalyptique ou excessivement optimiste. Ces issues sont atypiques, mais pas impossibles, et quiconque adopte une telle position aura parfois raison.
Tout cela soulève la question de l’utilité même des prévisions. Cette analyse, mûrie pendant la période des fêtes, a été complètement bouleversée par les événements survenus au Venezuela, un pays pourtant totalement ignoré des médias. Ce n’est pas tant le Venezuela en soi qui a tout chamboulé (bien qu’à ce jour, aucun changement de régime n’ait eu lieu et que la situation puisse s’enliser dans des complications), mais plutôt ses implications pour ce que l’on appelle désormais « l’ordre mondial fondé sur des règles ». En substance, cet ordre est désormais relégué aux oubliettes de l’histoire. L’administration américaine, qui avait embrassé cette voie depuis l’arrivée au pouvoir de Trump, prône désormais la « force et la puissance », arguant qu’il s’agit là des « lois d’airain du monde ».
Ces analyses n’ont guère insisté sur les enjeux géopolitiques, partant du principe que, généralement, les marchés ne sont pas trop affectés par les gesticulations politiques. Il s’agit toutefois d’un changement si important qu’une réflexion sur le sujet s’impose. Ce qui suit est à prendre avec des pincettes.
Ces changements impliquent que, dans un monde où les règles n’ont plus d’importance, ce sont les plus puissants qui font la loi. Leur jugement, leur intégrité et leur décence importent moins que la force dont ils disposent. C’est le monde de Poutine, qui tente déjà (avec un succès mitigé) d’exercer son pouvoir, et de Xi, qui attise les tensions autour de Taïwan. Par ailleurs, après des actions manifestement incomplètes au Venezuela, les États-Unis ont proféré des menaces contre le Mexique, la Colombie, Cuba, l’Iran et le Groenland.


