Vision et Réflexions
« S’il y a quoi que ce soit de plus important que mon ego dans les parages, je veux qu’on le repère et qu’on l’élimine sur-le-champ.
Quiconque est capable de se faire élire président ne devrait en aucun cas être autorisé à exercer cette fonction. »
– DOUGLAS ADAMS, THE HITCHIKERS GUIDE TO THE GALAXY
Le mot « frénétique » peine à rendre compte des événements du dernier trimestre. Il s’accompagne de la conscience que rédiger des analyses comme celle-ci est peine perdue. À peine un paragraphe est-il écrit qu’un nouvel événement survient, et la frontière entre vérité et mensonge, fait et illusion, devient presque impossible à démêler.
En temps normal, cela n’aurait pas grande importance. Ces réflexions ont eu le luxe de pouvoir exprimer des opinions sur la géopolitique sans trop se soucier de leur impact sur les marchés. Il y a eu une brève frayeur concernant les droits de douane il y a un an, mais après avoir réalisé que le TACO n’était pas un produit alimentaire, tout est rentré dans l’ordre. Les marchés et l’économie qui les sous-tend se portent globalement bien.
La question qui se pose maintenant est de savoir si ce consensus confortable est menacé. Les analyses de ce type sont censées prendre position, et certains auteurs y parviennent avec justesse, non pas grâce à une capacité d’analyse exceptionnelle, mais parce qu’ils étaient au bon endroit au bon moment.
La situation actuelle pourrait avoir des répercussions profondes sur la croissance et l’inflation mondiales, mais ce n’est pas certain. L’issue des événements ne dépend pas uniquement de la durée des hostilités au Moyen-Orient, mais aussi de la nature de la paix qui s’instaurera.
Plutôt que de tenter de prédire l’avenir immédiat, cette analyse s’attachera à examiner certains enjeux à long terme mis en lumière par le conflit. Premièrement, tenter de « ramener à l’âge de pierre » une société sophistiquée de 90 millions d’habitants, forte d’une longue histoire et d’institutions profondément ancrées, aussi répugnant que cela puisse paraître, est voué à l’échec sans commettre de crimes de guerre et des massacres à grande échelle. Quel que soit le nombre de bombes larguées par la coalition américano-israélienne, si l’Iran peut neutraliser la navigation dans le détroit d’Ormuz à l’aide d’un simple drone bon marché,
le conflit est plus équilibré qu’il n’y paraît. L’Iran a également pris conscience de sa puissance, une capacité qu’il avait auparavant sous-estimée.
Il en va de même pour le conflit en Ukraine. Sur le papier, l’issue était prévisible, et pourtant, quatre ans plus tard, les Ukrainiens ont redéfini les règles de la guerre asymétrique. Les implications sont profondes. Une force militaire démesurée, dotée d’un matériel coûteux et rigide, n’est pas aussi efficace qu’il n’y paraît. Elle peut terroriser les populations, mais aussi les enliser dans un bourbier aux risques politiques considérables.
Cette situation est aggravée par la multitude déconcertante de prétendus « objectifs de guerre » en Iran, qui se sont révélés incohérents et contradictoires. Si l’on s’engage dans une guerre, il faut savoir comment y mettre fin, sans laisser un chaos indescriptible. De ce fait, le monde s’adapte à l’idée que l’hégémonie américaine n’est ni invincible ni fiable.


